Choisir un programme... ou se choisir ?
- Émilie Bélanger
- 27 janv.
- 3 min de lecture

Je me souviens très bien de ce moment.
Celui où à 17 ans, en secondaire 5, j’ai coché « Sciences pures » sur mon formulaire d’admission au cégep.
J’avais de bonnes notes, j’étais à mon affaire, je réussissais assez facilement en maths et en sciences. Je me suis inscrite en sciences pures, car ça allait de soi. J’étais bonne à l’école et on m’avait dit que ça ouvrait plus de portes, que c’était le choix logique.
Pourtant, je n’avais pas pris le temps de me demander si j’aimais ça, moi, les sciences.
Une session de cégep plus tard et me voilà assise, bien démotivée, dans un cours de chimie que je détestais à en pleurer…
Trop de choix… pas assez de sens
Aujourd’hui, le parcours scolaire s’est complexifié. Il y a des centaines de programmes disponibles.
Des DEP de grande qualité, des DEC, des techniques, des AEC, des passerelles, des passerelles de passerelles et j’en passe.
Notre système d’éducation est riche, et c’est une bonne chose. Mais pour un jeune qui essaie de « se trouver » à 16, 17, 18 ans, ça peut vite devenir étourdissant.
Tout comme moi. J’avais peut-être de la facilité en science et à l’école en général, mais j’avais aussi d’excellentes habiletés interpersonnelles, de la « drive », j’aimais le sport, les arts, la musique…J’aurais sûrement eu plusieurs possibilités devant moi, mais c’est facile de suivre ses amies à cet âge-là.
Ce n’est pas un choix de cours. C’est un choix de direction.
Aujourd’hui, j’ai la chance d’exercer une profession fascinante que j’aime. À travers mes années de pratiques à discuter avec tout de sortes de personnes, je comprends maintenant que choisir sa future carrière ne commence pas par un programme d’études.
Ça commence par une meilleure connaissance de soi.
Qu’est-ce qui motive profondément un jeune ?
Quels types de tâches ou de contextes de travail qui lui donnent de l’énergie ?
Est-il plutôt orienté vers l’action, la réflexion, les gens, les résultats ?
Dans quoi pourrait-il se sentir compétent, fier, utile, à long terme ?
Parce qu’un bon fit professionnel, ce n’est pas juste une question de compétences.
C’est une question d’intérêts, de personnalité, de préférences comportementales.
Et c’est là que, malheureusement, bien des jeunes prennent des décisions logiques, mais parfois déconnectées d’eux-mêmes.
Ces jeunes là, je les revois souvent plus tard dans leur vie, à 25, 30, parfois 40 ans, en recherche de sens, dans un métier ou une profession qui ne leur conviennent plus. Et une fois qu’on a commencé à payer des factures et une hypothèque, retourner sur les bancs d’école est souvent plus complexe. Et c’est là que j’entends : J’aurais dû …
L’important, c’est de mieux se connaître.
Ce que je veux dire ici, ce n’est pas qu’il faut, à tout prix, « trouver sa voie » à 17 ans. Ce serait utopique, on ne se connaît pas complètement à cet âge.
Mais on devrait prendre le temps de mieux se connaître, de se poser les bonnes questions. Pas pour figer un plan de vie, mais au moins pour partir dans une direction professionnelle plus alignée, avec un peu plus de clarté, de motivation, de confiance… et de sens.
Ce que j’aurais aimé qu’on me dise à 17 ans …
Je rencontrerai bientôt deux jeunes de secondaire 5 qui sollicitent mon aide pour leur orientation.
Deux jeunes brillants et allumés, avec plein d’options devant eux.
Deux jeunes pour qui, sur papier, le choix logique serait sans doute de poursuivre en sciences.
Peut-être qu’au final, c’est effectivement ce qu’ils choisiront.
Et peut-être que ce sera le bon choix.
Mais avant de cocher une case, je veux leur offrir un temps d’arrêt.
Un espace pour réfléchir à ce qu’il aimerait faire comme carrière.
Pour sortir un instant des notes, des programmes et des attentes.
Pour se demander : Qui suis-je vraiment ? Qu’est-ce que j’aime ? Qu’est-ce qui me donne de l’énergie ? Et dans quel environnement pourrais-je vraiment m’épanouir ?
Choisir ce qu'on souhaite faire plus tard, ce n'est pas juste une question d’aptitudes.
C’est une question de cohérence entre la personne et le chemin qu’elle choisit.
Et surtout, parce que j’aurais aimé qu’on me dise, à 17 ans, que les portes s’ouvrent toujours plus facilement quand on avance dans la bonne direction, celle qui nous ressemble vraiment.
Émilie
Ancienne étudiante de sciences pures, reconvertie en psychologue organisationnelle 😊
